Le faux dilemme





« L'autre jour, sur la 2, le président, il a dit ça.

“Si nous ne faisons pas aujourd'hui de réforme des retraites, c'est simple, il y a deux autres façons de financer. Soit, vous augmentez vos cotisations retraites pour les travailleurs. Une autre manière de faire, si on ne faisait pas la réforme, c'est de dire : on va baisser les pensions. Donc, il n'y a qu'un moyen de faire, si on est lucide, comme nous vivons plus longtemps, c'est de travailler plus longtemps.”

Ça, c'est ce qu'on appelle en rhétorique un faux dilemme. En gros, on vous donne le choix entre deux trucs inacceptables pour vous faire adhérer au troisième. Parce que si je vous dis :

“Puisque vous ne voulez pas manger de la salade de compost, puisque vous ne voulez pas manger des spaghettis de laçais, il va falloir manger de la pizza hawaïenne.” 😖🫣🙃

Donc là, on voit que le raisonnement est tordu, mais en politique, un faux dilemme, c'est beaucoup moins voyant et beaucoup plus efficace.

“Donc, il n'y a qu'un moyen de faire, c'est de travailler plus longtemps.” ❓

Et bien pas forcément. Parce que pour financer les retraites, plein d'autres choix sont possibles. On peut taxer les produits polluants, on peut lutter contre la fraude fiscale ou sociale. On peut faire un impôt sur les très grands bénéfices et on peut même légaliser le cannabis et taxer sa vente si c'est le choix qu'on fait en tant que société.

Alors, on ne dit pas que ces idées sont mieux que de travailler plus longtemps. On dit simplement que ces autres idées, elles existent.

Et dire “Donc, il n'y a qu'un moyen de faire.” Ce n'est pas honnête.

Financer les retraites en augmentant l'âge de départ, ça n'est pas un impératif catégorique, c'est un choix politique. Et un choix, on l'assume comme tel. À nous donc d'essayer de reconnaître les procédés rhétoriques qui rabougrissent le débat et de bien nous rappeler qu'en politique, il y a toujours plusieurs choix possibles. À chacun d'y réfléchir et de faire les siens. »