L'argument ad hominem





« Une des techniques les plus efficaces pour gagner un débat, c'est de s'attaquer à la cohérence de quelqu'un.

Exemple vu chez Hanouna il y a quelques temps. Le député Boyard, ancien chroniqueur de l'émission, critique Bolloré le patron de la chaîne :

“L'exemple rien que de Bolloré qui a déforesté le Cameroun.”

Et là Hanouna sort sa matraque :

“Tu c'est que tu es dans le groupe Bolloré ici ? Qu'est ce que tu viens foutre ici alors ? Bolloré t'a donné de l'argent puisque t'étais chroniqueur ici. T'as aucun problème à travailler pour nous donc ?”

En rhétorique on appelle ça un “argument ad hominem”. C'est une technique qui consiste à viser une personne plutôt que son propos pour démonétiser l'ensemble de ce qu'il dit : “Tu critiques Bolloré, mais tu as accepté son argent. Donc tu es un hypocrite. Viens pas faire le malin”.

Même plus besoin de discuter l'idée. Et c'est redoutablement efficace, mais c'est aussi redoutablement fallacieux.

Parce qu'on peut être le dernier des hypocrites, et faire une critique justifiée de Bolloré. Arrosons l'arroseur 2 secondes :

“Donc nous, on donne à France Télévision, à Radio France, 4 milliards. Ils font rien, ils font que critiquer. 4 milliards ! Privatisez moi ça.” 👿

Sauf que :

“Bonsoir à tous ! merci d'être avec nous sur France 4 pour ce nouveau rendez-vous Touche pas à mon Poste !”

Et donc à notre tour :

“Tu dis que l'audiovisuel public c'est des incompétents qui coûtent trop cher, mais t'avais aucun problème pour travailler pour eux à l'époque.”

L'argument ad hominem il n'est pas plus honnête dans notre bouche que dans celle de Hanouna, et pour deux raisons.

1️⃣ D'abord il a le droit de changer d'avis. Changer d'avis, ça ne veut pas dire être incohérent.

2️⃣ Et ensuite, quand bien même il serait incohérent ou hypocrite, si ça se trouve, il a raison.

Peut-être que l'audiovisuel public coûte cher. On peut en discuter. Le fait de taper sur la supposée incohérence de quelqu'un pour ne pas discuter de ce qui il a à dire c'est littéralement supprimer le débat. C'est une technique qui est très courante. Il faut s'en méfier comme de la peste bubonique. »